Politique économique

La bourse, les actions et les bulles spéculatives

Le 28 octobre 1966, le Général de Gaulle lançait dans une conférence de presse en parlant de la bourse : « En 1962, elle était exagérément bonne, en 1966, elle est exagérément mauvaise mais vous savez la politique de la France ne se fait pas à la corbeille ». Déjà, à cette époque, alors que les marchés financiers ne connaissaient pas l’essor que l’on leur connait aujourd’hui, le concept d’anticipation, c'est-à-dire la manière dont les agents financiers voient l’avenir, commandait les cours de la bourse.
Dans ce chapitre, je m’attarderai sur l’évolution des cours des actions. Pour rappel, une action est un titre de propriété d’une entreprise rémunéré sous forme de dividende calculé en fonction des bénéfices réalisés. Mais une action est avant tout un moyen pour une entreprise de se financer au même titre qu’une émission d’obligations ou d’un endettement direct auprès d’organisme de crédit.

Le cours d’une action est déterminé par le jeu de l’offre et de la demande mais c’est le prix futur anticipé d’une action qui décide un investisseur d’acheter ou de vendre une action . Il s’agit bien entendu d’un prix théorique et se définit comme suit : P = dt/(1 + it) + (dt+1)/(1 + it+1) … Dt est le dividende anticipé, i est l’intérêt nominal anticipé. Intuitivement, on peut concevoir que plus les dividendes futures sont élevés, plus l’action est désirée. Inversement, plus l’intérêt nominal est élevé, moins l’action est désirée. Dans ce dernier point, on comprend facilement que si l’intérêt nominal s’élève, le coût des crédits futurs s’élève, donc « le prix de l’argent » augmentera. Cette équation met en évidence que ce n’est pas l’économie réelle qui influence le cours des actions mais la manière dont les investisseurs voient l’avenir. L’achat d’une action se justifiera en fonction du prix auquel un investisseur envisage de vendre son action.
Les extraits suivants du journal de Wall Street illustrent très bien ce phénomène où des bonnes nouvelles ainsi que des mauvaises nouvelles provoquent aussi bien une hausse ou une baisse du cours des actions.
En Décembre 1999, la vigueur de l’économie engendra une peur de l’inflation et une crainte d’une hausse des taux d’intérêts. Si on se réfère à l’équation précédente, la hausse des taux d’intérêts diminue le prix intrinsèque de l’action d’où la baisse des cours par la vente d’action.
Quelques années plutôt en avril 1997, les bonnes nouvelles de l’économie avaient été accueillies favorablement par la bourse « en se traduisant par une hausse du Dow Jones des valeurs industrielles ». La perspective d’une hausse des dividendes expliqua cet engouement.
En septembre 1998, « le manque de vigueur de l’économie américaine et de rentabilité ont incité à des ventes massives ». La perspective d’une baisse des dividendes expliqua ce désengagement des marchés.
Et pour finir, en avril 2001, malgré de mauvaises nouvelles de l’économie, le Nasdaq gagnait 2 % « Les investisseurs considèrent que le pire est derrière eux ». La perceptive d’une augmentation de la production et par la même des bénéfices expliquent cet optimisme.

Si les taux d’intérêts et les dividendes jouent leurs rôles dans la décision d’achat ou de vente des investisseurs, il n’en demeure pas moins que dans les faits le cours des actions différent souvent de son prix fondamental. Les crises financières trouvent souvent leur origine dans des surévaluations ou des sous évaluations persistantes des actifs. Si l’on se réfère aux origines de la crise de 1929, on constate une surévaluation continue des actions les années précédent la crise tandis que l’économie réelle ne suivait pas (surproduction, faiblesse de la demande). Le même phénomène fut constaté en 1987. Au final, ce qui motive fondamentalement un investisseur, c’est le prix auquel il croit qu’il pourra revendre ses actions afin de réaliser des plus values. Ce phénomène est connu sous le nom de bulle spéculative ou bulle rationnelle. Ce jeu de roulette russe peut avoir des conséquences dramatiques pour les petits épargnants. En 1994, un financier Russe du nom de Sergei Mavrody promettait des plus values de 3000% sur les actions de son entreprise MMM. Au départ, les actions étaient rémunérées grâce à une levée de fond initiale. L’engouement fut tel que le prix de l’action fut multiplié par 50 en 6 mois. Sauf que l’entreprise ne produisait rien ! Quand le poteau rose fut découvert, l’entreprise fit faillite ruinant des milliers d’actionnaires.
Ce phénomène de bulle spéculative ne touche pas que les actions mais aussi les produits dérivés tel que l’agriculture, les matières premières … Dans ce dernier cas, c’est la rareté qui encourage la spéculation. A titre d’exemple, il peut arriver que milliers de tonnes de céréales changent jusqu’à 40 fois de propriétaires sur les marchés boursiers sans qu’il y ait le moindre transfert physique et ceci pendant plusieurs années.