Politique économique

Le système de change flottant


Définition

A l’image du marché des biens et services, le marché des changes flottants est un marché où se rencontre l’offre et la demande de monnaies en vue de déterminer un prix d’équilibre, le taux de change. Lorsque la balance des paiements d’un pays, constituée de la balance des biens et services et de la balance des capitaux, est déficitaire, la demande de devises augmente au détriment de la monnaie nationale, le prix des devises augmente (appréciation) et le prix de la monnaie nationale diminue (dévaluation). Inversement, dans le cas d’un excédent de la balance des paiements.
Plusieurs facteurs interviennent en amont dans une appréciation ou dévaluation : la compétitivité, l’inflation, les taux d’intérêts et la spéculation.
-La compétitivité : Une économie compétitive, c'est-à-dire une économie dont le solde de la balance courante est excédentaire, encourage à l’appréciation par une forte demande en sa monnaie. A contrario, un déficit de la balance courante amène à la dépréciation de la monnaie rendant ainsi les biens et services plus compétitifs. Si l’on se place du point de vue de la demande et non plus de l’offre. Un pays dont la demande est forte soit à cause de sa croissance soit à cause d’une relance budgétaire peut dégrader la balance commerciale rendant inévitable une dévaluation. Ce fut le cas en France en 1982, la relance de la demande du gouvernement Mauroy dégrada fortement la balance commerciale au profit de l’Allemagne et du Japon, entrainant une dévaluation du Franc de 8%.
-L’inflation : Un pays à forte inflation est handicapé dans la compétitivité de ses biens et services et l’amène à moyen et long terme à une dévaluation de sa monnaie pour relancer ses exportations. De plus, l’inflation n’incite pas les agents étrangers à investir dans un pays dont la monnaie perdra de sa valeur, dégradant ainsi la balance des capitaux.  Inversement par l’amélioration de sa compétitivité et l’entrée de capitaux étrangers une faible inflation constitue une source de croissance.
-Les taux d’intérêts : La fluctuation des taux d’intérêts est un facteur à court terme susceptible de faire varier les taux de changes. Il est en effet plus rapide de drainer des capitaux d’un pays vers un autre moyennant un jeu d’écriture, sans contrainte matérielle. Si un pays souhaite attirer des capitaux, elle effectue une hausse de ses taux favorisant à la hausse le solde de la balance des capitaux. Il en résulte une augmentation de la demande de sa monnaie engendrant ainsi une tendance à la hausse de son taux de change. On conçoit un tel phénomène à condition que les autres pays n’augmentent pas aussi leur taux d’intérêts. Cependant, même s’il existe un différentiel de taux d’intérêts, d’autres paramètres sont pris en compte par les investisseurs comme la fiscalité, la stabilité politique, la facilité qu’ils ont de rapatrier leurs profits …
-La spéculation : Elle consiste à parier sur l’évolution des taux de change, en vue de réaliser des profits à court terme, précipitant plus rapidement et fortement que prévu une appréciation ou une dévaluation. Ainsi, si les USA envisagent une relance budgétaire, source d’inflation, les spéculateurs, avant même sa mise en œuvre, s’empresse de vendre des Dollars engendrant une dévaluation anticipée pouvant être supérieur à ce qui aurait été prévu par des facteurs objectifs que sont l’inflation, la compétitivité ou les taux d’intérêts.
Cette spéculation s’accentue par un comportement de mimétisme dans les ventes et les achats des agents entre eux.
Cette différence entre le taux effectif et le taux théorique est qualifiée de bulle spéculative. Les Etats ne peuvent compter que sur une intervention des banques centrales sur le marché des changes pour juguler ce phénomène.


Le premier choc pétrolier 1973-1975

En octobre 1973, la guerre du Kippour est déclenchée par la ligue des pays arabes composée notamment de l’Egypte et de l’Arabie Saoudite. Face au soutien d’Israël par les USA et les Pays-Bas, l’OPEP répond par un embargo sur le pétrole contre ces deux pays. La crainte d’une pénurie amenèrent de nombreux pays a réalisé des stocks de précaution augmentant la demande de tel sorte que le prix du pétrole fut multiplié par 4 passant de 3$ à 12$  le baril. Les conséquences se firent rapidement ressentir : l’augmentation du prix de l’énergie entraina une chute de la production industrielle et de la demande des ménages. Les prix des produits pétroliers, non énergétique, comme le plastique connurent aussi une hausse. Cette crise révéla une situation inédite encore, une faible croissance accompagnée d’une forte inflation (inflation par les importations) : la stagflation, qui se traduisit par une augmentation du chômage et des déficits des balances commerciales des pays importateurs de pétrole. N’étant plus contraint de soutenir leur monnaie, comme se fut le cas sous régime de Bretton Woods, la plupart des gouvernements décidèrent de relancer l’économie par des politiques budgétaires et monétaires expansionnistes permettant, ainsi rapidement, une réduction du chômage. La mise en œuvre de politique de substitut au pétrole comme le nucléaire, le changement de mode de consommation (économie d’énergie) permirent une réduction substantielle de dépenses de pétrole. Dés 1976, l’inflation baissa dans les pays développés et les balances commerciales se rééquilibrèrent.

1976-1979 : un dollar faible

A partir de 1976, les USA sont les seuls à soutenir la demande par une politique expansionniste. Il fallut attendre 1978 pour que les deux autres plus grandes puissances industrielles, que sont l’Allemagne et le Japon, suivent. Si la politique économique américaine fit baisser le chômage aux USA de manière conséquente, 6% en 1978, il n’en demeure pas moins qu’elle provoqua une reprise de l’inflation et engendra un déficit de la balance courante américaine rendant inévitable la baisse du dollar. Cette inflation et l’affaiblissement du dollar entama la confiance des investisseurs étrangers. De plus, l’inflation nourrissait l’inflation, la dévaluation de dollar augmenta le prix des biens importés et la future inflation était prise en compte dans les négociations salariales. Pour rassurer les marchés, le président Carter nomme à la FRB, en octobre 1976, Volker qui entrepit une politique déflationniste (contrôle de l’offre de monnaie, baisse de la masse monétaire en circulation).

1979 : Le second choc pétrolier

La chute du Shah d’Iran en 1979 et l’arrivée au pouvoir de Rouhollah Khomeini furent à l’origine du second choc pétrolier qui toucha les pays industriels. La constitution de stock par peur de pénurie par les pays importateurs amena un triplement du prix du pétrole qui passa de 13$ à 32$ le baril. Comme en 1974, la conséquence en fut la stagflation. Mais craignant le cercle vicieux de l’inflation, les gouvernements poursuivirent leurs politiques déflationnistes qui furent lourdes de conséquences en termes de croissance et de chômage. A titre d’exemple, le chômage en Grande Bretagne qui était de 5,7% en 1978 atteignit 9,7% en 1981 et poursuivit son ascension jusqu’en 1986. Le chômage croissant et continu ainsi que la faible croissance, maux des pays industrialisés durant les années 80, était les signes que le monde entrait en récession.

La politique américaine des années 80 et ses conséquences

La politique de déflation commencée en octobre 1979 par les USA fut poursuivit par le président Reagan, élu en Novembre 1980. Cette prévision d’un dollar fort et taux d’intérêt élevé provoqua une appréciation immédiate du dollar. Entre 1979 et 1985, le dollar s’apprécia de 47% par rapport au Deutsch Mark. Si la politique monétaire restrictive des USA permit de faire baisser l’inflation, il n’en demeure pas moins qu’un dollar fort fit grimper le prix des exportations américaines générant ainsi de l’inflation dans la plupart des pays industrialisés. Durant cette période, certaines banques centrales étrangères durent intervenir sur le marché des changes pour éviter une trop forte appréciation du billet vert, en vendant des dollars contre leur monnaie. En limitant ainsi le taux de croissance de leur monnaie, les banques centrales poussèrent les taux d’intérêts à la hausse. Tout était réuni pour qu’une crise s’installe, caractérisée par le taux de chômage le plus élevé depuis l’après guerre (cf tableau 1). Le président Reagan entreprit une réduction de la fiscalité en mettant en œuvre la théorie de l’offre d’inspiration libérale. En baissant la pression fiscale sur les sociétés et les plus aisés, il encouragerait l’investissement et l’emploie, générant ainsi à moyen terme de nouvelles rentrées fiscales. Dans le même temps, une politique de réorganisation des dépenses publiques fut entreprise en favorisant des dépenses militaires au détriment des dépenses civiles. Mais pour des raisons électorales (échéance de 1984), les dépenses civiles diminuèrent moins vite que l’augmentation des dépenses militaires, engendrant un déficit budgétaire record et se traduisant par une politique expansionniste de type "keynesienne". En 1987, même si l’inflation était maitrisée et le chômage était ramené à 5,4%, la politique du dollar fort eut pour conséquence une augmentation du déficit de la balance courante atteignant 3,6% du PNB, un niveau jamais atteint depuis la seconde guerre mondiale. De plus, les lobbies américains ne voyaient pas d’un bon œil cette politique de change qui menaçait l’industrie américaine. Lorsqu’en 1984, la reprise se ralentit aux USA, ceux-ci firent pression pour entreprendre des mesures protectionnistes. C’est dans ce contexte que s’ouvrent les accords du Plaza (1985) et du Louvre (1987) dont les objectifs principaux étaient la réorganisation du commerce mondial et l’amélioration de la coopération en matière de taux de change.

Les accords du Plaza et les accords du Louvre

La surévaluation du dollar des années 80, dont l’origine relève plus de raisons spéculatives donc artificielles que de raisons relevant de l’économie réelle, fut l’objet de la réunion le 22 septembre 1985 à l’Hôtel Plaza à New York. Les USA, le Royaume Uni, la France, l’Allemagne et le Japon se mirent d’accord pour intervenir sur les marchés des changes pour faire baisser le dollar. Le dollar se déprécia jusqu’au début de l’année 1987. Ceci constitua un tournant dans la politique de Ronald Reagan foncièrement hostile jusque là à toute intervention de l’Etat sur la marché des changes. Une nouvelle ère s’ouvrit où les pays industrialisés commencèrent à manifester leur intention de constituer des gardes fou sur le marché des changes flottants comme l’intervention des banques centrales, sans pour autant en fixer les règles. Lors de la réunion du Louvre de 1987, les ministres des finances des cinq plus le Canada ainsi que les gouverneurs des banques centrales convinrent de conserver les taux de changes à leur niveau du moment. A leur sens, ce taux correspondait à l’équilibre des balances des paiements. Officieusement, ils se mirent d’accord sur une marge de fluctuation de plus ou moins 5% garantit par l’intervention des banques centrales sur le marché des changes. Mais ce tacite accord ne fut pas appliqué dans les faits et le dollar fluctua de manière quasi continue en dehors de cette fourchette de 10% les années qui suivirent.

Taux de chômage et d'inflation
          entre 1960 et 1990
Tableau 1

Taux de croissance réel annuel moyen de 1950 à 1996
Tableau 2