Politique économique

La crise de 1929

Pendant le mois d’octobre 1929, de nombreux spéculateurs sont ruinés par la chute continue des cours des actions à Wall Street. Le 28 octobre, l’indice boursier chute de 12 %, passant de 298 à 260, représentant ainsi depuis Septembre une diminution de prés de 40 %. 1987 et 2008 furent des crises d’une ampleur moins identique si ce n’est plus importante. Toutefois, les conséquences furent moins prononcées sur l’économie réelle. Il était clair qu’un certain nombre de « leçons» de 1929 étaient tirés.

A la recherche des causes de la crise de 1929

Si les spéculations abusives caractérisées par une recherche de profit à court terme, depuis les années 20 sont à l’origine d’une des plus graves crises du XXème, il n’en demeure pas moins que la crise boursière est la conséquence d’une économie qui montrait des signes de faiblesse en termes de consommation et de production.

Les années 20 verront la naissance de modèles économiques de production visant à accroitre la productivité : le taylorisme et le fordisme. Ceux-ci prenaient d’autant plus d’importance que la mutation d’un monde rural vers un monde industriel était en cours. Le taylorisme du nom de l’ingénieur Taylor consiste à améliorer la productivité en déterminant pour chacune des opérations nouvelles réalisées par un ouvrier la méthode la plus rapide et la moins fatigante et en supprimant toute opération inutile. Ford fut l’un des premiers entrepreneurs à appliquer ces méthodes en développant le travail à la chaîne. Mais il était aussi convaincu que l’amélioration de la productivité devait être accompagnée par une augmentation des salaires. Produire plus, plus vite certes mais à condition que la consommation suive. Le 31 octobre 1925 par ses méthodes, l’usine Ford atteint son pic de productivité journalier avec 9109 Fords T. Le prix de la Ford est passé de 1500 $ en 1913 à 300$ en 1926. Entre 1922 et 1929, les salaires ont augmenté de 17%. Cependant fort peu de patron était convertit à la politique des salaires élevés prônés par Henry Ford, bridant ainsi la demande. De plus, le passage d’une société paysanne à une société industrielle dite de consommation ne peut se faire du jour au lendemain. Elle demande un changement de mentalité s’étalant sur plusieurs décennies. Durant cette période, les premières briques d’une société de consommation apparaissent : La publicité et la vente à crédit prennent leur envol dans un monde tout juste sorti d’une société rurale.

On ne peut contester que les lendemains de la grande guerre aient vu une poussée des investissements liée à la reconstruction, une amélioration de la productivité, le développement de méthodes inspirés du Taylorisme et en conséquence une augmentation du progrès technique dans les secteurs agricole et industriel. Mais à partir de 1925, l’investissement notamment aux USA ralenti malgré de fort taux de profit. Les surplus engendrés servent désormais à financer les crédits à la consommation, la spéculation sur les marchés de Wall Street. Comme très souvent dans l’économie, et on le constate d’ailleurs encore de nos jours, le court terme prime sur le long terme. Au lieu de financer le progrès, la recherche et par là même la croissance, l’homo economicus préfère jouer à la loterie. Celui ci était tenté de jouer à ce jeu très simple consistant à acheter des titres d’entreprise pour les revendre quelques temps après plus chers ; Ces actions étant achetées par-dessus tout, tout au moins pour une grande partie d’entre elles, à crédit.Petit à petit, une sorte de mécanisme incontrôlable de spéculation se met en place en dépit de tout bon sens et de toute réalité économique. Ce système ne fonctionnant en effet que si l’action ne cesse d’augmenter. Entre 1921 et 1929, le cours des actions augmenta plus vite que les dividendes. Alors qu’en 1921, le ratio dividende/cours était de 6.5%, en 1929 il n’est plus qu’à 3.5%. Lorsque la plupart des spéculateurs prennent consciences que la valeur de leur titre n’est qu’artificiel et déconnecté de l’économie réelle, un vent de panique envahit la bourse de Wall Street amenant de nombreux agents à vendre leurs titres, générant une chute vertigineuse des cours. Plus personne n’achète sur les marchés. Dés lors, de nombreux financiers américains ayant souscrit au Loan Call ne peuvent plus rembourser les banques créditrices. Nombreux sont les américains et les banques qui font faillites touchant ainsi l’économie réelle par une chute de la consommation et une restriction des crédits accordées aux entreprises. A l’optimisme des années 20 succède désormais la morosité et le pessimisme de tous les agents économiques. On restreint ses dépenses à l’essentiel. L’Amérique rentre dans une spirale déflationniste caractérisée par une baisse généralisée des prix, des salaires et un chômage croissant.

L’économie américaine dans la crise et le New Deal

Lorsqu’en 1933, FD Roosevelt arrive au pouvoir, c’est une économie profondément touchée par la crise qu’il doit gérer. Depuis 1929, le PNB a chuté de moitié atteignant 56 milliards de $, les prix du gros ont diminué de 42%. Les mesures prises par son prédécesseur Herbert Hoover se sont avérées inefficaces. Non qu’il ait été passif puisqu’il lança de grands travaux, soutint la demande et les prix. Mais la liquidité (contraction de la masse monétaire) touchée par le krach de 1929 manquait et ne fut pas soutenue par la Reserve fédérale. A cela s’ajoute l’introduction de barrière douanière en 1930 à travers le tarif douanier Hawley-Smoot. Le protectionnisme réapparait exportant la crise vers le reste du monde et contractant fortement les échanges internationaux.

C’est un homme d’action pragmatique, non dogmatique, ayant fait ses preuves dans la lutte contre le chômage tandis qu’il était maire de New York, qui va diriger les USA jusqu’à la fin de la guerre. Il est vain de trouver une cohérence parmi l’ensemble des mesures qui seront prises pour lutter contre la crise. Durant les 100 premiers jours qui suivront son arrivée à la maison blanche, un ensemble de mesures tout azimut va être adopté dans les secteurs financiers, bancaires, agricoles, sociaux et industriels caractérisés par un interventionnisme de l’Etat et une volonté manifeste de réglementer l’économie. Par son interventionnisme, on pourra entrevoir dans cette politique économique une certaine inspiration keynésienne bien que Roosevelt était foncièrement hostile à toute politique budgétaire déficitaire fondement même de la théorie générale de Keynes.

Un ensemble de réformes financières s’imposait. Entre 1929 et 1933, l’indice des prix avait chuté de 25% et la masse monétaire passait de 26.4 Milliards de $ à 21.5 Milliards de $. Pour ne pas traumatiser l’opinion Américaine, l’administration démocrate décide le flottement du dollar et une dévaluation indirecte par l’achat d’or sur les marchés à prix croissants engendrant ainsi une baisse du cours du dollar. Par cette stratégie, le dollar perd 41 % de sa valeur entre 1932 et 1934. Le 30 janvier 1934, la dévaluation du dollar sera officialisée par le Gold Reserve Act : 35 dollars permettront d’obtenir une once de 31.1g d’or. Cette dévaluation aura pour conséquence de dynamiser les exportations et de diminuer le coût de l’endettement. On estime à 1/5 l’augmentation de la masse monétaire lié à cette mesure. Sur le plan bancaire, un contrôle plus strict sera exercé par l’Etat fédéral. Ainsi, les banques d’affaires et de dépôts seront séparées. Ainsi, aucune banque ne pourra détenir des capitaux d’entreprises. Ainsi, des assurances permettront de garantir les avoirs des épargnants. Ainsi, sera crée en juin 1934, un système de surveillance des transactions boursières limitant la spéculation à crédit.

Sur le plan industriel, un ensemble de mesures novateurs seront adoptés à travers le National Industrial Recovery Act (NIRA). Pour lutter contre la chute des prix et des profits, un code de concurrence loyal et civique est élaboré conduisant à une certaine cartellisation de l’industrie américaine. Un label « we do our part » sera apposé sur les produits des entreprises adhérentes à ce code et une aide financière de l’Etat leur sera allouée. En contrepartie, un ensemble de clauses sociales devront être respecté : Salaire minimum, selon les branches l’horaire hebdomadaire de travail est fixé de 35 à 40 heures, négociation de convention collective.

Dans le prolongement du NIRA, des mesures seront prises pour lutter contre le chômage. Une politique de travaux public est mise en œuvre permettant l’embauche de 4 millions de chômeurs en janvier 1934. Un des projets phares est la reprise de la construction du barrage hydraulique de la vallée du Tenesse initiée par Hoover, à travers la création d’une autorité, le Tenesse Valley Authorithy que concerteraient l’Etat fédéral, les Etats locaux, les fermiers riverains et les utilisateurs de courant électrique. Ce projet initialement ambitieux prévoyait la construction d’une série d’hydrocentrale sous contrôle étatique et l’industrialisation de la vallée, permettant ainsi à une population rurale de se moderniser sans exode. Les effets de cette politique se font ressortir assez rapidement. En 1935, les exportations et les importations repartent (+841.6 millions de $ pour les importations et + 225.5 millions de $ pour les importations par rapport à 1933). De 1933 à 1935, le produit national augmente de plus de 20%, le salaire horaire retrouve son niveau d’avant la crise, le chômage quant à lui diminue de 6 points mais demeure élevé avec 19.9% de la population active.

La politique reste la politique. Malgré de nombreux résultats certes encore insuffisant mais prometteurs, la grande presse et les républicains sont foncièrement hostiles à la politique économique de Roosevelt et voient dans la cours suprême américaine composée de juges inamovibles nommées par l’administration américaine contre le new Deal. En 1935, la cours suprême invalide les principales dispositions du New Deal (NIRA, politique agricole) car contraire aux libertés individuelles chères à la constitution américaine. Ces décisions sont sans appels. Toutefois, Roosevelt ne se laisse pas abattre à la veille de l’élection présidentielle de 1936 à laquelle il compte de représenter. Un ensemble d’Act sont pris dans la continuité du New Deal et orienté davantage à « gauche » avec l’apparition d’un Etat providence. Dans cette perspective, différents textes sont adoptés :
- L’Etat a le pouvoir d’arbitrage lors de négociation syndicale ou de convention collective.
- L’Etat contrôle le prix du gaz et de l’électricité.
- L’Etat investit plus de 5 Milliards de $ dans la lutte contre le chômage en embauchant dix millions de chômeurs dont 750 000 jeunes diplômés dans des tâches intellectuelles.
- L’Etat institue une assurance chômage, invalidité et vieillesse (social security act).
Roosevelt est réélu triomphalement en 1936. Désormais, le congrès ne contestera plus les mesures du New Deal. En dépit du lourd déficit de 3.5 Milliards de $, cette politique de redistribution porte ses fruits puisque malgré un chômage de 7.5 millions de chômeurs, le bilan de cette politique est globalement positif. Le PIB retrouve son niveau de 1929, la consommation des ménages dépasse de 10% celle d’avant la crise, le crédit et l’investissement repartent. C’est dans e contexte qu’éclate la guerre. Les USA doivent maintenant se réarmer. La seconde guerre mondiale sonne le glas de la crise de 1929.

L’économie française dans la crise

Quel est la situation économique de la France à la fin des années 20 ? On constate un pays aux structures économiques archaïques éloignés du capitalisme mondial : grande majorité de petites et moyennes entreprises protectionnistes et autarciques, économie repliée sur elle-même, des entreprises se contentant du marché nationale, faible développement du crédit. Ceci constitua, tout au moins au début, une force face à la grave crise que connut le monde capitaliste à la fin des années 20. Ainsi la France connut la prospérité jusqu’à l’Automne 1931, date à laquelle l’Angleterre contre attaque par une dévaluation de la Livre Sterling et renonça à l’étalon-or au profit d’un flottement de sa monnaie. Les USA de Roosevelt suivront deux ans plus tard. Tandis que les prix Français étaient 20% inférieurs aux cours mondiaux avant l’automne 31, ceux-ci sont désormais supérieurs de 20% après la dévaluation de la Livre Sterling et du dollar. Malgré une économie nationale et protectionniste, la France ne peut plus lutter face à des produits étrangers plus compétitifs sur son territoire et des produits français plus onéreux. La production chute de 30%. La France rentre dans une crise durable en refusant de dévaluer sa monnaie, attachée à un système étalon-or manifestement obsolète. Une politique de déflation est mise en œuvre notamment par une réduction des dépenses de l’Etat qui atteindra son paroxysme par les décrets-lois Laval de 1935 dont les conséquences seront d’enfoncer davantage la France dans la crise.
Un espoir renait avec l’arrivée de Léon Blum au pouvoir en 1936. Alors que le pays connait de nombreuses grèves allant jusqu’à des occupations d’usine, le président du conseil décide l’organisation de réunions entre le patronat et la CGT qui aboutiront aux accords de Matignon, le 7 juin 1936 : ils permettront aux ouvriers d’obtenir une augmentation des salaires entre 7% et 15%, la reconnaissance du droit syndical et des conventions collectives. Dans le même temps, le gouvernement fait voter deux lois emblématiques : la semaine des 40 heures et les 15 jours de congés payés dont l’objectif, au-delà de l’aspect purement social d’améliorer la vie des ouvriers, est la réduction du chômage. Dans le même temps, le gouvernement engage des réformes de structure en créant l’office national interprofessionnel du blé (ONIB) permettant à l’Etat de contrôler et fixer le prix du blé. Alors que le quintal de blé était de 80 francs en 1935, en 1936 il est fixé à 141 francs. Dans un souci de pacifisme et pour ne pas faire face à la pression des Lobbys de l’armement qui voient à juste titre dans la remilitarisation de l’Allemagne une menace, le gouvernement Blum nationalise l’industrie militaire. Comme très souvent en économie, il est nécessaire de composer avec un maximum de catégorie. La politique de Léon Blum engendra une haine viscérale et durable du patronat et du milieu des affaires. Elle fut un échec sur la plan macro-économique puisqu’elle généra en moins de 6 mois une reprise de l’inflation, une réduction de la production et une fuite des capitaux obligeant le gouvernement à dévaluer le Franc le 1er octobre 1936 et à faire une pause dans les réformes. A la méfiance et à la haine du patronat s’ajoute la désillusion du monde salariale. Le gouvernement du Front populaire agonisera jusqu’à l’été 1937 date à laquelle il sera déchu.