Politique économique

Vers une refonte de notre croissance. Pour une économie sociale et solidaire

Depuis de nombreuses années et de nombreuses campagnes électorales d’ailleurs, nous entendons parler de croissance en panne. La solution à nos principaux problèmes économiques, sociaux (chômage, dette etc.) seraient son retour. Il ya surement dans ces dires le souvenir pour certains et l’espoir pour d’autres de retrouver une forme de prospérité connue dans les années 50 et 60. Cependant, il est tout à fait discutable qu’un retour à la croissance permettrait de résorber de manière durable le chômage qui traverse le pays. Il ya certes eu quelques périodes où la croissance a rempli son rôle comme au début des années 2000 par exemple mais si l’on analyse de manière plus précise l’évolution de la croissance et du chômage, on se rend rapidement compte que les théories keynésiennes deviennent quelque peu obsolète. Ainsi, les relances keynésiennes au moment des crises pétrolières se sont traduites par une croissance de près de 3 à 4% sans pour autant que le chômage diminue. A cela, plusieurs explications qui d’ailleurs restent encore d’actualité. La population active est passée depuis 1974 de 22,3 millions à 27,2 millions alors que dans le même temps le volume de notre production doublait et que le temps de travail total cumulé passait de 41 milliards d’heure à 36,9 milliards d’heure. Derrière cette nébuleuse de chiffre se dessine le concept clé de productivité. Notre productivité, une des plus fortes en Europe, grâce au progrès technique notamment, nous a permit de travailler plus efficacement, permettant ainsi de produire réellement 76 % de plus en 40 ans avec 10 % de travail en moins, enrichissant une classe d’individus au détriment d’une diminution du temps de travail. En 2012, selon le magazine Challenge, les 20 plus grandes fortunes représentaient 135 milliards d’euros. En 1998 et 2008, d’après l’observatoire des inégalités, 10% des plus pauvres recevaient 2,78% de la richesse tandis que les 10 % des plus riches 31,67%. Depuis 1990, en France, la part des profits redistribués au propriétaire du capital est passée de 22,24% à 36,06% en 2007 (cf graphe 1). Dans le même temps, la capacité d’autofinancement passait de 75,16% à 57,14%. En d’autre terme, la distribution de dividende s’est accrue au détriment des salaires et de l’investissement. Pour plus de détail, vous pouvez consulter le rapport sur le partage de la valeur ajoutée commandée par Nicolas Sarkozy.

Graphe 1 : Source : Insee, Comptes Nationaux et Dares, enquêtes PIPA. Calculs Insee
Source : Insee, Comptes Nationaux et Dares, enquêtes PIPA. Calculs Insee

Bien entendu, la crise n’a rien changé à cette situation. Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que notre croissance est fondée sur un modèle néo libéral actionnarial où la recherche de taux de rentabilité élevé à court terme et par la même de profit est la règle.
L’objectif su système capitaliste est la maximisation des plus values et non la satisfaction des besoins d’une société. La croissance, dit autrement l’accumulation du capital, n’est qu’un moyen pour réaliser cet objectif. Si en France et en Europe, elle s’est caractérisée par une forte croissance durant les trente glorieuses, aujourd’hui elle se distingue par une croissance choisie vers des secteurs fortement rentables. Les autres secteurs étant délocalisés vers des pays à moindre coûts au détriment de toutes considérations sociales, écologiques et qualitatives. Pourquoi un investisseur tiendrait compte de ces considérations, dans un modèle où le seul objectif est de se faire toujours plus d’argent ? Où la monnaie est avant tout un outil de spéculation plutôt qu’un outil facilitant les échanges. Aujourd’hui, les différentes analyses faites sur ce sujet montrent clairement et surtout depuis la crise de 2008 qu’il y a bien une inégalité de plus en plus croissante dans la redistribution de la richesse. Les Nations unis estimaient déjà en 1999 que les 225 individus les plus riches détenaient la fortune de 2,5 milliards d’individus les plus pauvres. La fortune des ces 225 individus était réinjectée dans des bulles virtuelles dans lesquelles tournent toujours plus de monnaie. La fortune de ces 225 individus était réinjectée dans des bulles virtuelles dans lesquelles tournent toujours plus de monnaies. Au final, l’économie moderne néolibérale capitaliste que l’on connait depuis 30 ans a détourné la monnaie de son rôle premier d’unité de mesure facilitant les échanges par rapport au troc en un bien spéculatif où par définition la rareté en est le pré requis et l’intérêt en est le prix, la monnaie engendrant toujours plus de monnaie. De nos jours, sur le marché des capitaux, il circule 2000 Milliards de $ tous les jours, à des fins très souvent spéculatives, alors que le commerce international de biens et services ne génèrent que Milliards de $ quotidiennement. Même si nous sommes sur des marchés de natures différentes, un simple jeu d’écriture suffit à transférer des fonds d’une place financière vers une autre alors qu’une transaction de biens et services est plus chronophage. Il n’en demeure pas moins qu’il ne peut justifier de tels écarts. Pour exemple, sur le marché des céréales, il arrive très souvent que des silos changement plus de 40 fois de mains sur les marchés financiers sans le moindre transfert physique. La domination de la finance et l’augmentation continue des inégalités imposent de réaliser des réformes structurelles dont l’objectif premier est de rétablir le rôle originel de l’argent, à savoir une unité de mesure facilitant les échanges et non un bien rapportant de l’intérêt. C’est dans cet esprit qu’un certain nombre de projets d’économie sociale et solidaire ont vu le jour, basés sur une monnaie complémentaire à la monnaie officielle. Je devrais dire on revu le jour car le principe de monnaie complémentaire avait été formalisé à fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle par Sylvio Gesell et mise en place en Autriche, lors de la crise de 1930 dans la ville de Wörgl par son maire. L’expérience dura 2 ans jusqu’à ce que l’Etat Autrichien mette fin à cette expérience malgré des résultats probants (baisse de 25% du chômage). A la même époque naquit le WIR en Suisse. Cette institution bancaire toujours en activité aujourd’hui, émet des Francs WIR et est utilisée par environ 1/5 des PME. D’autres projets similaires ont éclos un peu partout en Allemagne, en France et même aux Etats-Unis sous l’action d’association. Aujourd’hui, le politique commence à s’y intéresser de plus en plus prés et à agir dans ce sens. Un des derniers en date est le sol violette monnaie complémentaire de la région toulousaine. On peut distinguer deux grandes catégories de monnaie complémentaire :
-Les monnaies liées à l’économie du temps. Le temps est la mesure d’évaluation des échanges et est utilisé dans le cadre d’échange de service. C’est le cas des SEL (système d’échange local).
-Les monnaies indexées sur les monnaies officielles. Elles permettent à la fois l’échange de biens et services, ne rapportent pas d’intérêts (Sol violette à Toulouse, Chiemgauer en Allemagne) et sont très souvent fondantes (elles perdent de leur valeur avec le temps). Elles peuvent être assimilables à des bons d’achats ou à des cartes de fidélité.

Exemples de monnaies complémentaires