Politique économique

Le Franc Sol (Franc solidaire)

On distingue trois grands ensembles pour décrire les échanges en économie : la réciprocité ou économie du temps, la redistribution et le marché. L’économie du temps et la redistribution ont dominé les échanges jusqu’à la fin du XVeme siècle pour laisser place à l’économie marchande toujours en vigueur aujourd’hui. Cette économie se caractérise par la volonté de faire de la monnaie, non pas une unité de compte facilitant les échanges mais un bien rare et spéculable générant de l’intérêt. Actuellement, on estime à 1% le volume des transactions dédiées à l’économie réelle (biens et services) contre 99% le volume des transactions dédiées à l’économie financière. Ces iniquités ont fait renaître des systèmes pourtant connus jadis et expérimentés pendant la grande crise des années 30 : les systèmes de monnaie complémentaires. Bien que trop souvent local, ces systèmes ont montré une certaine efficience en dynamisant les échanges, en accélérant la création d’emploies, en améliorant la redistribution des revenus grâce à une monnaie circulant plus rapidement et cantonnée à l’économie réelle.

Si aujourd’hui, au sein de l’économie française, les transactions en monnaie complémentaire représentent une larme dans la richesse nationale, il n’en demeure pas moins qu’un développement à une plus grande échelle permettrait d’atténuer de manière substantielle les inégalités de revenus, d’étendre l’économie sociale et solidaire à d’autres secteurs. C’est dans cet esprit que devrait naître une monnaie complémentaire teintée d’une symbolique forte et à laquelle la nation adhérerait pleinement, le Franc solidaire ou Franc Sol. Impulsé au niveau national, cette monnaie obtiendrait la confiance nécessaire à toute monnaie. Le Franc serait indexé à l’Euro c'est-à-dire qu’il n’y aurait pas de création monétaire à partir de rien, comme c’est le cas pour l’Euros. De plus, contrairement à beaucoup de monnaies complémentaires, elle ne serait pas fondante. De même que l’intérêt est critiqué par les partisans de ce système, il me parait tout aussi aberrant de faire perdre délibérément de la valeur à une monnaie. D’ailleurs, l’inflation qui n’a pas de raison de disparaitre avec une monnaie complémentaire, ne joue t’il pas ce rôle indirectement? A mon sens, une monnaie fondante constituerait un frein très fort à l’adhésion d’un système de monnaie complémentaire.

On distinguerait trois grandes entités :
- Un organisme de création du Franc Sol (OCFS)
- Les entreprises au sens large du terme (industrie, commerce, artisans etc.)
- Les consommateurs

L’OCFS, organisme émetteur du Franc Sol, serait financé de deux manières :
- Par une taxe sur les transactions financières
- Par les entreprises et les consommateurs

95 euros permettraient d’acheter 100 F Sol et 100 F sol pourront être vendu contre 85 euros. L’objectif étant de conserver le Franc Sol le plus longtemps possible dans le circuit. Mais pour qu’un tel système soit viable, il faut qu’un maximum d’entreprises joue le jeu. Les entreprises doivent être les plus complémentaires et les plus diversifiées possibles. Un maximum d’entreprises, à tous les niveaux du cycle de fabrication d’un produit doivent adhérer au Franc Sol.

Le Franc Sol est une monnaie qui ne rapporterait pas d’intérêts. Aujourd’hui, une entreprise qui emprunterait 100 000 euros à 5% sur 10 ans devra rembourser sur cette même période 27 320 euros d’intérêts. Ce coût supplémentaire qui le paie sinon le consommateur final? Dans le cas d’un emprunt en Franc Sol, aucun intérêt n’est applicable. De plus, le système d’indexation (100 FS = 85 euros) incite de conserver le Franc Sol dans le système d’échange réel de monnaie complémentaire. Ainsi, est-il vital qu’un maximum d’échanges, lors du processus de fabrication, se fasse en FS. Si des sorties en Euros sont nécessaires, elles ne doivent pas annihiler le gain d’emprunter sans intérêt. Ces sorties doivent être ponctuelles et limitées. D’où ma remarque précédente sur la nécessité d’avoir un maximum d’acteurs adhérant au FS dans le cycle de fabrication d’un produit.

Quel intérêt aurait un producteur ou un consommateur à choisir le FS?
Les différentes expériences entreprises ont montré un dynamisme accru dans les échanges. La vitesse de circulation de la monnaie devrait circuler 2 à 3 fois plus rapidement que dans un système où la monnaie est thésaurisable, générant ainsi 2 à 3 fois plus de richesse. L’emprunt étant sans intérêts, le prix final en Francs Sol devrait de facto être plus bas qu’en euros. Les seuls perdants seraient les banquiers et les financiers. Les bénéfices réalisés ne sont plus réinjectés dans une sphère financière pour enrichir une élite.