Politique économique

La croissance économique


Le progrès technique

Par l’augmentation de la productivité par travailleur et de la quantité de travail qu’il génère dans l’économie, le progrès technique est source de croissance. Les nouvelles théories de la croissance ont cherché à déterminer les éléments à l’origine du progrès technique, permettant désormais d’intégrer ce facteur dans les nouveaux modèles de croissance. On parle de facteur endogène.


Les infrastructures, les institutions et le respect du droit de propriété

On ne peut concevoir qu’une économie fonctionne sans autoroutes, électricité, gaz, réseaux de télécommunication, ports, aéroports puisqu’elles permettent et facilitent la circulation des biens et services. Les infrastructures, souvent publiques, furent introduites en 1990 par Barro dans son modèle de croissance, mettant ainsi en évidence qu’elles améliorent la productivité des investissements des agents privés et publics. Mais en même temps, il est nécessaire que ces investissements soient respectés dans leur droit de propriété. Aucun entrepreneur n’a d’intérêts d’investir dans un pays où la corruption est monnaie courante, où à tout moment son outil de production peut être exproprié, où le monopole interdit toute concurrence, où la créativité ne peut être protégé et respecté par des brevets. Différentes études dont celle de Daron Acemoglu montrant la corrélation forte entre protection du droit de propriété et niveau du PIB par habitant. Les pays corrompus comme le Mali, le Zaïre et Haïti ont le niveau de PIB par habitant le plus faible au monde tandis que des pays comme la Suisse, la Norvège et le Luxembourg ont avec un PIB par tête le plus élevé au monde, un droit de propriété respecté (cf Graphe 2).
Ces facteurs expliquent en grande partie la croissance que connait la Chine depuis plus de 30 ans. En effet, à la mort du président MAO en 1976, les nouveaux gouvernants décident d’introduire progressivement des mécanismes d’économie de marché sans changement institutionnel : le parti communiste est toujours au pouvoir encore aujourd’hui. De plus, pour dynamiser la croissance, les dirigeants chinois ont facilité la venue d’investisseurs étrangers en garantissant notamment le droit de propriété et permettant ainsi à la Chine de disposer des dernières technologies et savoir-faire des pays industrialisés.


Le niveau de protection contre le risque d'expropriation est minimum quand l'indice est égal à 0 et 
maximum à 10.
Source : Daron ACEMOGLU, Simon JOHNSON, Institutions as the Fundamental Cause of
Long-Run Growth, Berkeley, 2004
Graphe 2 - Source : Daron ACEMOGLU, Simon JOHNSON, Institutions as the Fundamental Cause of Long-Run Growth, Berkeley, 2004

L’accumulation de la connaissance

En 1986, pour expliquer la croissance, Romer endogèneise le progrès technique en réutilisant deux théories anciennes celle de l’apprentissage par la pratique (1962) et celle du concept d’effet externe de Marshall (1920).

L’apprentissage par la pratique

L’expérience cumulée d’année en année dans la réalisation de tâches ou dans la résolution de problèmes quels soient routinières ou pas, permet un individu d’être plus efficace, plus qualifié et plus productif. Le développement de l’informatique depuis plus de 20 ans est à l’origine dans le monde du travail de tâches moins routinières et plus complexes nécessitant polyvalence, auto-formation, adaptabilité et déspécialisation rendant ainsi la vitesse d’apprentissage plus ou moins long selon les métiers. Quoi qu’il en soit par l’apprentissage l’expérience d’un individu constitue une fonction croissante de la production. Le savoir faire accumulé les années passées sur un investissement permet aux futurs investissements d’être plus productifs rapidement.

Le concept d’effet externe

En 1920, Marshall démontre que l’industrialisation croissante créée une synergie positive entre les entreprises. L’amélioration de la productivité d’une firme améliore la productivité des autres firmes dont elles dépendent. Le phénomène de sous-traitance que l’on voit s’accroître de plus en plus aujourd’hui dans les sociétés du CAC 40, répond à cette logique en permettant l’augmentation des profits à court terme par la mise en concurrence de différents prestataires. On notera dans ce cas qu l’aspect humain et social sont loin des préoccupations des décideurs. Le concept d’externalité peut s’illustrer aussi, et de façon plus positive, à travers la dynamique qui résulte de la mise à disposition à d’autres entreprises des résultats de recherche et développement réalisés par une entité publique ou privée.

La recherche et le développement

Un autre facteur de croissance endogène au progrès technique et pas des moindres est la recherche et le développement. Tout le monde comprend aisément que sans recherche et développement, il n’y a pas d’innovation. En 2011, la part dédiée à la recherche en France représentait 2,2% du PIB dont 1,4% par le secteur privé. Au niveau de l’Union Européenne le niveau était sensiblement le même.

Evolution de la part du PIB dédié à la recherche et au développement
Graphe 3 - Source : INSEE - Evolution de la part du PIB dédié à la recherche et au développement

Comme très souvent dans les décisions prises par les agents économiques, c’est la recherche du profit qui motive les investissements en R&D. Pour le réaliser, deux éléments sont nécessaires. D’une part, la capacité de découvrir de nouveaux biens, de nouvelles idées et d’autre part la possibilité de protéger ses découvertes le temps de les rentabiliser.
Deux types de recherche sont à distinguer, la recherche fondamentale ou théorique et la recherche appliquée dont l’objectif est la réalisation de nouveaux biens et services. Pour exemple, sans laser de nombreuses découvertes n’aurait pu être réalisée en médecine. Pour survivre, une entreprise a un besoin constant d’innover. Lorsque la profitabilité d’une découverte s’épuise, d’autres découvertes prennent le relai. On redécouvre déjà ici le concept de Shumpeter (1912) de destruction créative repris ensuite par Romer en 1990 affirmant que la production de connaissance est une fonction à rendement croissant. De nos jours, rien n’infirme cette hypothèse. L’histoire du monde le prouve. Ainsi, nous n’aurions jamais atteint notre niveau de connaissance en mathématique sans Pythagore, Al Khawarizmi, Blaise pascal ... Ainsi, qu’aurait été la physique sans Archimède, Newton, Copernic, Einstein?
Il est nécessaire, tout au moins dans un premier temps, à une entreprise de protéger ses découvertes pour rentabiliser ses investissements. Le brevet en est la traduction juridique et permet à une entreprise de constituer une sorte de « monopole » de ses idées en les protégeant dans le temps et d’en détenir l’exclusivité commerciale. A long terme cependant, la diffusion plus larges des découvertes créée une émulsion des idées générant d’autres découvertes. On retrouve ici le concept précédemment développé par Marshall, d’externalité. Même si une appropriabilité d’une découverte est nécessaire au début, sinon une entreprise n’aurait aucun intérêt à investir dans la recherche, il n’en demeure pas moins qu’à long terme elle créée une synergie positive entre les entreprises soit par mimétisme (Coca cola, Pepsi et produits dérivés) soit par amélioration (CD, laser disc, DVD etc.).



Focus sur la France
En 2005 sont crées les pôles de compétences dit Clusters dont l’objectif est d’améliorer, comme son nom le suggère, la compétitivité de la France par la recherche et l’innovation en créant une synergie entre le secteur privé et le secteur public. En 2012, on comptait 71 pôles de compétitivité nationaux, internationaux ou à vocation international répartis un peu partout sur le territoire. Les domaines d’activités y sont divers : écologie, chimie, électronique, médecine, énergie. Site officiel pour la promotion des pôles de compétitivité
Il est encore un peu tôt pour faire un bilan de ces pôles. Il faudra attendre 5 ans pour tirer un premier bilan. En 2010, les brevets qui sont des indicateurs de réussites en matière d’innovation, ne représentaient que 0,8% de la part mondiale, derrière l’Allemagne à 3%, la république de Corée à 8,6% et le Japon à 17,4%.


Graphe 4 - Source : OMPI - Demandes de brevet déposées auprés des 15 offices les mieux classés

Ces chiffres traduisent manifestement le manque d’ambition et de volonté politique d’impulser de véritables projets innovants avec une obligation de résultat comme ce fut le cas naguère pour le nucléaire, l’aéronautique. Aujourd’hui ces pôles de compétitivité manquent de cohérence de part leur trop grande disparité géographique, des domaines de recherche trop éclectiques et des coûts élevés relativement à leur efficacité. Le CEPRAM, centre pour la recherche économique et ses applications, montrait déjà en 2007 dans son rapport sur les pôles de compétitivité "que doubler le niveau de spécialisation dans une activité et une zone donnée permettait d’augmenter la productivité des entreprises concernées de 5%" et concluait que "dans le cas français les clusters étaient de trop petites tailles".



Les technologies de l’information et des communications (TIC)
Les TIC ne pouvaient manquer d’être abordé dans ce chapitre dédié aux progrés techniques. Elle a constitué dans les années 90 le moteur de la croissance américaine pour moitié. Depuis 1990, les NTIC apportent à la France 0,4% de croissance annuelle (INSEE 2004). Pour être efficace, le développement des TIC a du s’accompagner en parallèle de changements organisationnels et humains se traduisant par plus de polyvalences, de décentralisations de tâches et formations du capital humain, dissipant ainsi le paradoxe de Solow qui déclarait en 1987 : "On voit des ordinateurs partout sauf dans les statistiques de la productivité".
Aujourd’hui, malgré la volonté affichée par le conseil européen de Lisbonne (2000) de faire de l’Europe la zone la plus compétitive et la plus dynamique, nous pouvons constater amèrement que ce sont les USA qui dominent le marché des NTIC aussi bien sur le plan matériel qu’immatériel. Quels sont les plus grandes entreprises NTIC dans le monde sinon des entreprises américaines comme Microsoft, Intel, Sisco, Google, Facebook, Apple, Oracle, IBM etc. En 2012, le poids de la recherche et du développement représentait en Europe à peine 0,3% du PIB derrière les USA à 0,7%, le Japon à 0,87% et la Corée du Sud à 1,3%. Toutefois, derrière ce tableau pessimiste, la France de son côté reste un acteur majeur dans les domaines des composants électroniques, aussi bien en matière de recherche (CNRS, LASS etc.) qu’industriel (STM Microelectronics, Soitec etc.). Elle domine les télécommunications (France télécom, Alcatel-Lucent, Sagem etc.), la réalité virtuelle et 3D et détient avec les USA une compétence quasi-unique dans le développement de logiciel embarqué grâce à son industrie aéronautique et militaire. Enfin, en 2010, elle se positionnait dans le service informatique en 6eme position (en termes de Chiffre d’affaire) avec CAP Gemini. Pour plus de détails, vous pouvez consulter le rapport "technologie clé 2015 du ministère de l’industrie".